Un petit cri pour une grande mobilisation aujourd’hui, car non ! les filles ne sont pas nulles en math ! En tout cas, pas plus que les garçons.

Et pourtant, j’en croise des élèves, convaincues d’être nulles en math, et en sciences en règle générale.

Cela me donne envie de sensibiliser les mamans sur l’importance de leur rôle, car sans être une féministe acharnée (je crois beaucoup en la complémentarité féminin-masculin), il est grand temps que la Femme se reprenne pour veiller à ne pas transmettre inconsciemment des croyances d’un autre âge à leurs filles.

La première élève qui a suscité en moi cette prise de conscience s’appelait Georgia. Elle avait 12 ans. Elle est entrée dans mon bureau, s’est effondrée sur la chaise en face de moi pour me lâcher en toute fatalité : « Gersende, je suis nulle en math ! »

Intérieurement, je me suis dit : « ce n’est pas possible de s’imposer une limite pareille à 12 ans ! »

J’ai levé la tête, lui ai souri et lui ai dit, en la regardant droit dans les yeux : « Prouve-le-moi ! »

  • « Quoi… Prouve-le-moi ? »
  • « Oui, je te dis : prouve-le-moi ! Prouve-moi que tu es nulle en math ! Je veux voir ça ! »
  • « Je suis nulle, je vous dis. Je ne comprends rien. Je n’arrive à rien. De toute façon, ma mère m’a dit qu’elle était nulle en math. Je suis comme elle ! »
  • « Ah non, ça ce n’est pas un argument valable. Ce n’est pas parce que ta mère était nulle en math que ça t’autorise à être aussi nulle qu’elle ! En plus, je ne te demande pas d’argumenter. Je te demande des preuves. »

Elle ouvre son cartable, sort son cahier de math et me montre ce qu’elle a à apprendre en ce moment : les équations à une inconnue.

  • « Vous voyez, je n’arrive pas à résoudre ces problèmes. Je suis nulle. Il n’y a rien à faire. »
  • « Georgia, tu peux être plus ou moins douée en math et cela se vérifiera quand tu seras au gymnase. Pour le moment, tu as 12 ans. D’accord ? Tu crois vraiment qu’on met au programme des exercices que tu n’es pas capable de résoudre ? A l’académie, les profs se sont dit on va leur demander de trouver X. A 12 ans, ils n’y arriveront jamais ! »

Rires.

  • « Non mais sérieusement, Gersende ! Regardez ! j’essaie mais je n’arrive pas. C’est impossible ! »
  • « Et là !” Je pointe mon doigt sur son cahier. “Celle-là, là. Tu y es arrivée, non ? »
  • « Oui mais celle-là, c’était en classe. C’est la seule que je suis arrivée à résoudre. »
  • « Si tu arrives à résoudre une équation. Tu arrives à toutes les résoudre. Tu veux que je te le prouve ? »
  • Oui ! »

Expliquer comment résoudre une équation à une élève, convaincue de ne pas y arriver est peine perdue. Elle se braque. Derrière les sourires de Georgia, je sentais bien une réelle souffrance de ne pas y arriver. Se plonger dans une explication scolaire est contre-productif parce que de 1, ce n’est pas mon métier et de 2, dans bien des cas, cela revient à renforcer la souffrance de l’élève, car la croyance qui l’habite est bien plus forte que la raison. Il faut l’aider à démonter sa croyance et cela se règle en dehors du cahier de math.

A l’époque, je travaillais dans l’école de Georgia. Mon bureau était situé dans un château du XIIIème Siècle que j’utilisais volontiers comme métaphore dans mes démonstrations.

  • « Laisse tes affaires ici et suis-moi ! On va faire un tour. »

Je m‘arrête devant la porte de mon bureau et lui demande : « Qu’est-ce que c’est que ça ? »

Georgia rit et me dit : « Ben, une porte ! »

Je reste sérieuse et lui demande :

  • « Comment ça marche ? »

Elle réserve son sourire pour plus tard et comprend que je l’embarque dans un exercice.

  • « Et bien, je prends la poignée de la porte, j’appuie dessus et je tire la porte vers moi. Parfois, je la pousse. Ça dépend. »
  • « Essaye pour voir. »

Nous sortons de mon bureau et continuons notre balade jusqu’à ce que nous soyons arrêtées par une deuxième porte. Celle-ci est vitrée et possède une poignée en bouton.

  • « Et là, qu’est-ce que c’est ? »
  • « Là, c’est aussi une porte. »
  • « Comment tu l’ouvres celle-ci ? »
  • « Je prends le bouton de la porte et je tourne. Ensuite, je pousse ou je tire. »
  • « Fais-le pour voir ! »

Nous arrivons ensuite dans la salle à manger et je désire aller dans le jardin. Nous nous arrêtons devant la baie vitrée.

  • « Et là, qu’est-ce que c’est ? »
  • « Ben, c’est une autre porte. »
  • « Comment tu l’ouvres celle-ci ? »
  • « Je mets le bout de mes doigts dans la poignée et je tire pour la faire coulisser. »
  • « Essaie pour voir ! »

Nous faisons le tour de la bâtisse dans le jardin pour arriver devant LA porte, symbole de l’équation à 5 inconnues, au rez-de-chaussée de la tour du château. La porte est d’origine, en bois massif avec 5 serrures différentes. Il faut la pousser fort en s’aidant de l’épaule pour arriver à l’ouvrir et rejoindre mon bureau, situé 3 étages plus haut.

  • « et là, qu’est-ce que c’est ? »
  • « Encore une porte. »
  • « ah bon, elle aussi est très différente pourtant. Et tu sais que c’est une porte ? »
  • « Oui ! »
  • « Tu crois que tu arriveras à l’ouvrir ? »
  • « Georgia rit de bon cœur. Je crois que j’ai compris votre message. »
  • « Ok. Ouvre-moi cette porte et on retourne à mon bureau. »

La porte de mon bureau à peine franchie, Georgia se plonge dans son cahier de math.

  • « Relis l’équation que tu es arrivée à résoudre et ensuite, passe à la suivante. »

Georgia est restée dans mon bureau un bon moment pour résoudre une série d’équations avec un plaisir non dissimulé.

 

Mes trucs et astuces pour aider vos filles à aller au-delà de leurs croyances limitantes

1. Les enfants choisissent toujours un adulte référent sur lequel ils se projettent.

Identifiez l’adulte référent de votre enfant. Si ça tombe sur vous, prenez bien conscience de l’importance de votre rôle, car l’enfant vous imitera. Evitez d’exprimer des jugements péremptoires comme « je suis nul-le en… », et même des affirmations comme « J’aime, je n’aime pas. »

Laissez l’enfant essayer et goûter. Ensuite, questionnez-le pour l’aider à se faire son opinion personnelle. Faites-lui un feedback pour l’aider à reconnaître un talent. “Bravo ! Tu es arrivée à faire ceci.” Et ensuite seulement, pour mettre en valeur son talent, dites-lui : « C’est quelque chose qui est très difficile à faire pour moi. »

2. Si votre enfant est bloquée, l’emmener dans une métaphore, comme dans l’exemple que j’ai partagé ci-dessus, est très puissant à condition de lui faire confiance et de la laisser faire ses déductions par elle-même.

3. Remplacer les chiffres d’un sudoku par des stickers.

Beaucoup de filles ne regardent même pas ces jeux parce qu’il y a des chiffres. Remplacez les chiffres par des stickers et demandez-lui de compléter les cases. Elle s’apercevra qu’il s’agit d’un exercice de déduction et de logique en s’amusant. Ensuite, demandez-lui de résoudre un sudoku sans stickers.

4. le 16 mars 2019 – Un Rendez-vous à ne pas manquer à la cité des sciences et de l’industrie à Paris.

Un après-midi dédié à l’avenir des petites filles.

http://www.elle.fr/Societe/News/ELLE-Power-Girl-un-apres-midi-dedie-a-l-avenir-des-petites-filles-3752585